De la raffinerie à la piste : comment la flotte des compagnies du groupe Air France-KLM est approvisionnée en carburant

Pour chaque départ, un carburant soigneusement sélectionné, contrôlé et acheminé doit parvenir jusqu’aux réservoirs des appareils d'Air France, de KLM et de Transavia. Son acheminement repose sur une chaîne logistique complexe qui s'étend des champs pétroliers aux raffineries, en passant par les ports et des centaines de kilomètres de pipelines souterrains. Découverte des coulisses de cette chaîne d'approvisionnement essentielle au transport aérien.

SAF

Pétrole brut et raffinage : le point de départ du kérosène 

Le kérosène commence son périple sous forme de pétrole brut, extrait de gisements aux quatre coins du monde. Contrairement aux carburants routiers, le kérosène “Jet A-1" est produit selon des spécifications extrêmement strictes : il doit répondre à des exigences précises en matière de point d'éclair*, de point de congélation, de viscosité et de densité énergétique afin de fonctionner de manière fiable aux altitudes de croisière, où les températures peuvent descendre en dessous de -50°C.  

Les aéroports européens s'approvisionnent auprès d'un large éventail de sources, délibérément diversifiées. Les raffineries européennes, notamment les grands sites en France et aux Pays-Bas, couvrent une part significative des besoins du continent, complétées par des importations. Avant la crise, environ 25 % de la consommation européenne de carburant aviation était importée depuis le Moyen-Orient. De nouvelles routes logistiques, en provenance d'Amérique du Nord et d'Afrique de l'Ouest, ont depuis été mises en place pour accroître les approvisionnements depuis ces régions vers l'Europe. 

Si les tensions récentes au Moyen-Orient ont exercé une pression sur les prix, la multiplicité des routes d'approvisionnement et le maillage des infrastructures de stockage en Europe renforcent la résilience de la chaîne logistique d'Air France-KLM face à d’éventuelles perturbations régionales. 

LE PARCOURS DU KEROSENE

Du port à l'aéronef : l’acheminement du carburant vers l’Europe 

Une fois raffiné, la grande majorité du kérosène est transporté par la mer, à bord de pétroliers, jusqu'aux principaux ports de destination. De là, des réseaux de pipelines souterrains dédiés acheminent le carburant sur des centaines de kilomètres vers l'intérieur des terres, de façon invisible et continue. 

Pour alimenter en carburant ses principaux hubs européens, Air France-KLM s’appuie sur deux grands réseaux de pipelines desservant Paris-Charles de Gaulle, Paris-Orly et Amsterdam-Schiphol. 

Les aéroports parisiens sont alimentés exclusivement par le système de pipeline souterrain TRAPIL, qui s’étend sur 1 375 km et qui relie le port du Havre et les raffineries de Normandie aux dépôts de stockage de Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly.  Un réseau souterrain de canalisations distribue ensuite le carburant directement jusqu'aux postes d'avitaillement des avions. 

Le hub Amsterdam-Schiphol est alimenté par le Réseau Centre-Europe des pipelines (CEPS – Central Europe Pipeline System), un réseau d’environ 5 300 km reliant les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la France et l'Allemagne. Le carburant provient de raffineries et de terminaux de stockage situés dans la zone portuaire d’Europoort, à Rotterdam.  Le carburant est ensuite acheminé vers Schiphol via le pipeline Amsterdam-Schiphol (ASP – Amsterdam Schiphol Pipeline).  

Avant leur entrée dans le pipeline, les carburants d’aviation durables (CAD), produits principalement à partir d'huiles de cuisson usagées, sont mélangés au kérosène conventionnel. Ces carburants dits « drop-in » peuvent être utilisés sans aucune modification des avions, des moteurs ou des infrastructures existantes, tout en offrant les mêmes garanties de performance et de sécurité.  

Au-delà des stocks disponibles dans les aéroports, la France et les Pays-Bas disposent également de réserves stratégiques nationales de carburant. Ces réserves, constituées conformément à la réglementation européenne en matière de sécurité énergétique, peuvent être mobilisées en cas de perturbation prolongée de l'approvisionnement. Ces réserves viennent compléter les stocks détenus par les exploitants aéroportuaires, renforçant ainsi la résilience de la chaîne d’approvisionnement. 

À l'aéroport : stockage, contrôle qualité et avitaillement 

Lorsque le carburant arrive dans une installation de stockage aéroportuaire, il entre dans un environnement strictement contrôlé. Le carburant d'aviation figure parmi les produits pétroliers les plus contrôlés au monde. Des échantillons sont analysés à chaque étape de son parcours : à la raffinerie, lors du transport par pipeline et jusqu'au point d’avitaillement des avions, conformément aux normes internationales. La règle est simple : tout carburant ne répondant pas aux exigences de qualité est immédiatement écarté et n’est jamais utilisé pour alimenter un avion. 

À Paris-Charles de Gaulle et à Amsterdam-Schiphol, un vaste réseau de canalisations souterraines transportent le carburant directement sous les pistes et les zones d’approvisionnement des avions. Un détail surprend souvent : les véhicules qui circulent sur le tarmac ne sont généralement pas des camions-citernes remplis de carburant. Il s'agit en réalité d'unités mobiles de ravitaillement qui se raccordent aux bornes intégrées au sol et alimentent directement les réservoirs des avions. Des camions-citernes conventionnels restent toutefois disponibles en cas de besoin. 

Avant chaque départ, la quantité de carburant embarquée est calculée avec précision en fonction de la route prévue, des conditions météorologiques et des réserves réglementaires imposées pour garantir la sécurité du vol 

Une chaîne d'approvisionnement robuste pour garantir les opérations 

À l'échelle européenne, les négociants ajustent en permanence leurs approvisionnements en fonction des besoins et des conditions de marché, en s'appuyant sur des sources variées. 

Les compagnies aériennes, quant à elles, ne constituent généralement pas de réserves importantes en propre. Air France-KLM s'approvisionne auprès de plusieurs fournisseurs, y compris sur un même aéroport, sans dépendre d’un prestataire unique à l’échelle mondiale. Les achats et le suivi de la disponibilité sont assurés par des équipes carburant internes dédiées, qui surveillent les conditions d'approvisionnement auprès de l'ensemble des fournisseurs et sur chaque escale du réseau. 

Depuis les récentes tensions au Moyen-Orient, le suivi de la disponibilité du carburant est effectué de manière hebdomadaire en coordination avec les fournisseurs de carburant et les autorités locales. Derrière chaque vol se déploie une chaîne logistique discrète mais essentielle, conçue pour garantir la sécurité des approvisionnements et accompagner l’intégration progressive des carburants d’aviation durables. Une infrastructure en constante évolution, au service de la continuité des opérations et de la transition du transport aérien. 

 * Le point d’éclair (ou point d’inflammabilité) correspond à la température la plus basse à laquelle un corps combustible produit assez de vapeurs pour s’enflammer brièvement lorsqu’une source de chaleur est approchée, sans que la combustion ne se poursuive d’elle-même. 

 

Les carburants d'aviation durables : une transition déjà en cours 

Une part croissante du carburant utilisé par Air France-KLM est constituée de carburants d'aviation durables (SAF). Produits notamment à partir d'huiles de cuisson usagées ou d'autres matières premières renouvelables, ces carburants permettent de réduire les émissions de CO₂ sur l'ensemble de leur cycle de vie. 

Mélangés au kérosène conventionnel dès les infrastructures logistiques, les SAF sont dits « drop-in » : ils peuvent être utilisés immédiatement, sans modification des avions, des moteurs ou des infrastructures existantes. Leur intégration progressive dans les réseaux d'approvisionnement constitue l'un des leviers majeurs de la décarbonation du transport aérien.

En savoir plus sur les carburants d'aviation durables (SAF)

 

Partager